- Laurent Berger
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Nina Métayer, sacrée meilleure pâtissière au monde en 2023 et 2024, partage dans cette interview son parcours inspirant et sa vision de l'excellence. De ses débuts en boulangerie à la reconnaissance internationale, elle évoque les grandes thématiques qui nourrissent ses conférences et animent son quotidien de chef d'entreprise.
Alice Darfeuille :
Bonjour et bienvenue. Nous sommes aujourd'hui avec Nina Métayer, chef pâtissière fondatrice de La Délicatisserie, une pâtisserie digitale pour commander les meilleurs gâteaux en ligne avec des points de vente à Paris et en région, notamment à La Rochelle d'où elle est originaire. Elle a été distinguée à plusieurs reprises par des prix très prestigieux et a évolué avec les plus grands chefs de ce monde. Nina Métayer, bonjour, je suis très heureuse de vous rencontrer. J'aimerais que vous me racontiez votre journée type.
Nina Métayer :
Ma journée commence habituellement à 3 h du matin. C'est le meilleur moment de la journée, avant 8 h. Parfois 4 h ou 5 h, selon l'activité, mais généralement à 4 h au laboratoire. De 4 h à 8 h, on s'occupe de l'envoi de tous les desserts. C'est le meilleur moment parce qu'on est sur les finitions, sur le détail. Il y a cet engouement car il faut avoir fini à 6h30 pour préparer l'envoi et la livraison. C'est là où l'esprit d'équipe est le plus incroyable, cette force collective qui s'unit pour que, peu importe qu'il y ait 1000 ou 2000 gâteaux, à 6h30 tout soit envoyé dans les temps.
Alice Darfeuille :
Une fois que vous avez tout envoyé à 6h30, que se passe-t-il ?
Nina Métayer :
À 6h30, on finit de ranger et d'organiser pour la suite. À 8 h, petit déjeuner pour tout le monde. Nous mangeons un petit déjeuner salé. De 8 h à 10 h, je suis sur la partie création avec mes équipes. On goûte, on teste, on reteste, on anticipe nos futures créations ou les contrats qu'on pourrait avoir. Après, à partir de 10 h, on passe à la partie RH, tous les défis humains. Ce n'est pas vraiment des problèmes, mais plutôt des challenges. C'est une des parties que j'adore : essayer de mettre les énergies au bon endroit, les unir, créer cette synergie pour avoir cette performance et cette excellence. C'est un moment où je prends le temps, de 10 h à 12 h, avec chaque responsable, pour analyser chaque poste.
Alice Darfeuille :
Ce rôle vous tient à cœur, le fait que tout le monde soit animé par cette envie d'excellence et que les gens se sentent bien pour le faire ?
Nina Métayer :
Évidemment, c'est l'essentiel. S'ils arrivent le matin avec le sourire et cette énergie, ils vont la transmettre aux autres. En tant que chef d'entreprise et chef, je leur donne un certain cadre, une certaine rigueur, et après c'est à eux d'avoir cette autodiscipline et cet engagement. Tous les jours, il faut donner le petit challenge supplémentaire, être en soutien quand ça ne va pas. Mon équipe, c'est grâce à chacun d'entre eux qu'on en est là. Ils ont tous une importance énorme.
Alice Darfeuille :
Parlons d'un de vos rôles que les gens connaissent moins. Vous êtes conférencière, vous donnez des conférences sur différents thèmes. Depuis quand et comment cela a-t-il commencé ?
Nina Métayer :
J'ai commencé à donner des conférences sur la pâtisserie il y a une bonne dizaine d'années. Au fur et à mesure, en tant que chef d'entreprise, j'ai eu envie de développer certains axes. Ce que j'aime dans mon métier, c'est transmettre les valeurs de la pâtisserie, les valeurs de l'artisanat, partager ce que la pâtisserie m'a apporté.
Alice Darfeuille :
Y a-t-il des sujets en particulier sur lesquels vous aimez donner des conférences ?
Nina Métayer :
Les sujets que j'adore aborder, c'est l'excellence. Pour moi, l'excellence est une compétence personnelle, donc tout le monde a accès à l'excellence. J'aime analyser cette excellence-là avec des exemples concrets de pâtisserie. C'est très parlant parce qu'on comprend vite comment on peut rater ou réussir un gâteau avec le comportement d'excellence qu'on peut avoir vis-à-vis de son poste et de son travail. C'est un comportement, c'est une décision personnelle.
Alice Darfeuille :
Cela veut dire que pour vous, on n'est pas naturellement très bon ou très mauvais en pâtisserie. On peut progresser, tout dépend de son comportement.
Nina Métayer :
Exactement. L'excellence vient d'un comportement. Moi, je n'avais pas de don pour la pâtisserie, je n'avais aucune qualité requise. J'avais tendance à être complètement impatiente, brusque, maladroite. Je n'avais pas les qualités au départ requises pour être pâtissière. En fait, la pâtisserie m'a appris cette rigueur, cette patience. J'ai dû travailler sur moi et ce travail m'a amenée dans l'excellence.
Alice Darfeuille :
C'est toujours intéressant de raconter les choses parce que cela oblige à mettre des mots dessus, à réfléchir. C'est peut-être que parfois cela vous a fait réaliser des choses. C'est un peu comme chez le psy, mettre des mots sur les choses fait avancer. C'est pour cela que c'est utile les conférences ?
Nina Métayer :
C'est très utile, cela permet de structurer. On fait beaucoup de choses à l'instinct. Se préparer, organiser, anticiper, c'est l'essence même de notre métier. On prépare, on organise, et quand il se passe quelque chose, on met en place les solutions prévues, sinon on s'adapte de façon instinctive avec notre vision métier et notre expérience. Le fait de devoir l'expliquer, de le vulgariser à d'autres métiers, d'avoir une vision plus large que simplement comment réparer un gâteau, cela va nous demander d'être plus créatifs, d'aller trouver des solutions différentes qu'on pourra utiliser après chez nous.
Alice Darfeuille :
Comment préparez-vous vos conférences ? Ce n'est pas un exercice naturel de s'exprimer devant plusieurs personnes. Est-ce une source de stress pour vous ?
Nina Métayer :
Dans les préparations, il faut d'abord rencontrer les personnes pour lesquelles on va faire la conférence. Il y a une histoire d'humains qui se rencontrent et c'est très important. Il faut qu'on soit sûr qu'on a quelque chose à s'apporter mutuellement. Est-ce qu'on est bien d'accord sur le sujet ou est-ce un moment de réflexion ? Il y a des sujets que je n'ai jamais abordés et que j'aimerais aborder. Parfois on bifurque, on a des idées et finalement on se dit qu'il y a quelque chose encore plus grand qu'on pourrait faire. Après avoir eu le brief de la rencontre, j'ai un coach personnel en prise de parole, c'est un ami acteur qui a été professeur de théâtre pendant longtemps. Au départ, je parlais très vite.
Alice Darfeuille :
Vous alliez vite pour gérer votre stress sûrement.
Nina Métayer :
Je suis de nature un peu speed. J'avais l'impression que je n'allais pas avoir le temps de dire tout ce que je voulais dire. Il m'a dit : "Nina, les gens, il faut que tu leur expliques. Toi tu connais, il faut que tu ailles plus loin." Sur chaque conférence ou thématique, on va la préparer. Il va beaucoup m'aider à structurer de l'extérieur parce qu'il va se positionner comme le public. On va affiner, on va construire, et après on envoie la construction aux personnes avec qui on va faire la conférence pour vérifier qu'on est bien aligné sur les différents thèmes qu'on va aborder. J'aime bien les conférences. Parfois il peut y avoir des visuels, mais je suis quelqu'un d'assez instinctif, j'aime bien ne pas avoir ce cadre de slides. Je démarre toujours par une petite vidéo de présentation qui resitue un peu. Ensuite, soit je suis seule sur scène, soit je suis accompagnée, en fonction de l'organisation.
Alice Darfeuille :
Quels sont les sujets sur lesquels vous n'avez encore jamais donné de conférences et sur lesquels vous aimeriez vous exprimer ?
Nina Métayer :
Les sujets auxquels je pense sont des branches de gros sujets que j'aborde. J'aime bien aller jusqu'au bout des choses. Pourquoi pas le sujet de la performance ? Souvent on va l'aborder en surface, on ne va pas mettre une demi-heure dessus, maximum 10-15 minutes. Il y aurait tellement de choses à dire sur la performance. On voit la performance souvent dans le sportif, mais nous avons des métiers assez similaires avec d'autres contraintes. La performance en pâtisserie ou dans l'artisanat est extrêmement intéressante. C'est toujours difficile et c'est ce que je dis : quand tu fais du sport, tu acceptes que ce soit dur. Quand tu cours, à un moment ça va être dur, tu le sais, tu sais qu'après ça va être plus facile et qu'à chaque fois que tu vas courir, ça va être plus facile. Le sport, on le vit tous un peu au quotidien. On a au moins une fois dans sa vie ce moment de dépassement dans le sport. On s'arrête moins facilement dès que c'est difficile dans le sport, parce qu'on sait que l'entraînement va nous amener vers la réussite, alors que dans d'autres domaines, on a tendance à baisser les bras beaucoup trop vite. J'aime beaucoup comparer nos métiers à des sportifs de haut niveau. Je leur dis : comment devenir un bon pâtissier ? Comment gagner en performance ? Ça va être quand tu vas allier la précision et la rapidité. C'est bien de faire un très beau gâteau, mais si tu ne le fais pas dans le temps imparti et si tu n'arrives pas à améliorer ton temps avec la précision, la personne qui va faire aussi bien que toi mais qui va en faire deux à la place d'un, va forcément gagner cette place.
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Alice Darfeuille :
Vous parliez de confiance en soi et vous disiez que quand vous étiez plus jeune, vous n'aviez pas confiance en vous. On sent bien que vous êtes renforcée par votre parcours, par votre réussite. Comment faites-vous pour garder cette confiance en vous dans un monde où la concurrence est rude, où il y a de plus en plus de femmes qui réussissent ?
Nina Métayer :
C'est très important de ne pas avoir trop confiance en soi. Je le préserve le plus possible. Ce petit manque de confiance en soi va nous pousser à faire toujours mieux. Si je pense que je suis la meilleure, c'est terminé. Il faut préserver cette humilité. C'est ce qui va nous donner l'occasion d'avancer, d'observer avec bienveillance, d'apprendre des autres. J'ai commencé la pâtisserie il y a très longtemps et il y avait très peu de bons pâtissiers. Il y en avait seulement dans les palaces ou dans les très grands restaurants, mais c'était rare. Je ne voulais pas faire de gâteau au départ, ce n'était pas mon but. J'étais boulangère, on n'a pas voulu de moi en boulangerie, donc je me suis tournée vers la pâtisserie complètement par dépit. Finalement, le fait que des pâtissiers m'ont tendu la main, m'ont partagé cette excellence, m'ont transmis cette volonté d'excellence m'a donné l'envie. Ils m'ont inspirée et j'ai eu ces inspirations, ces gens qui m'ont dit : « Waouh, moi je veux faire comme toi, je veux arriver à faire ça. » On a besoin de ces figures-là. Je suis trop heureuse quand on a des super pâtissières qui réussissent.
Alice Darfeuille :
Vous n'avez jamais été animée par la jalousie ?
Nina Métayer :
La jalousie, c'est quelque chose que je ne veux pas depuis très longtemps. Le sentiment de jalousie, il faut le voir. Si je ressens une pointe de jalousie, je me pose la question : pourquoi ? Parce que j'ai peur de perdre ma place. Alors travaille, vas-y, travaille plus, affirme-toi. Qu'est-ce que tu aimes faire ? Va jusqu'au bout des choses, n'aie pas peur de rater parce qu'en fait, c'est tenter. Grâce à mon hyperactivité, je suis dans l'action et comme je suis dans l'action, j'ai rarement peur. J'ai eu de la chance qu'on m'ait toujours dit que c'était impossible. Comme on partait de quelque chose où je ne pouvais pas rater parce que ce n'était pas possible, c'était déjà raté. Je voulais être maman, je voulais avoir une carrière de chef, je voulais plein de choses dans la vie et on me disait que c'était impossible. Je ne les croyais pas. Je me suis dit : on va le tenter. Sûrement que c'est impossible comme ils le disent, mais il y a peut-être une autre possibilité d'y arriver. On m'a souvent dit que c'était impossible, surtout au début de ma carrière quand j'exprimais le souhait clair et franc de vouloir évoluer dans le métier et de devenir chef un jour. Quand on me dit que c'est impossible, je n'avais pas envie de donner raison, je trouvais ça pas très sympa. C'est ce qui m'a donné la force d'aller plus loin, de travailler plus et plus vite.
Alice Darfeuille :
Et de ne pas avoir le temps d'être jalouse et de regarder dans l'assiette des autres.
Alice Darfeuille :
Il y a eu un déclic dans votre parcours puisque vous disiez au début que vous vouliez être boulangère. C'est une tarte au citron ?
Nina Métayer :
Oui. J'étais boulangère, je n'ai pas la carrure de la boulangère, mais je me suis passionnée pour le métier après un voyage au Mexique. Je suis partie à mes 16 ans au Mexique pendant un an dans une famille d'accueil. J'ai énormément aimé ce pays. Je voulais y habiter et en tant que Française, il fallait que j'apporte un savoir-faire français. Je me suis dit que j'allais apporter le pain.
Alice Darfeuille :
Qu'est-ce qui s'est passé ?
Nina Métayer :
Au début, toutes les portes se sont refermées, évidemment parce que je n'ai pas la carrure. J'ai eu la chance d'avoir été élevée dans une famille où les femmes et les hommes avaient les mêmes chances de réussite dans la vie. Je viens d'une famille où les femmes sont entrepreneuses. Je n'avais pas ressenti le fait qu'être une femme pouvait être un problème jusqu'au jour où je cherche du travail en boulangerie et qu'on veut me mettre à la vente et pas du tout au pain. Comme j'ai été élevée dans ce côté où je me suis dit qu'ils n'ont rien compris, mais je vais leur montrer que je sais faire du pain, j'y vais et je fais une vingtaine de boulangeries avant de trouver Denis Baron qui veut bien m'embaucher. Denis Baron est un petit boulanger qui n'est pas plus grand que moi, donc il ne voit pas le problème. Les sacs de farine pesaient 50 kilos. Là, quelque chose s'est révélé. J'ai touché ces matières-là : de l'eau, de la farine et du sel. Trois ingrédients. Grâce au savoir-faire du boulanger qu'on me transmet, je donne vie à ces trois ingrédients. À la fin, j'ai ce savoir-faire que personne d'autre n'a parce qu'en fait, tous les Français mangent du pain, mais il n'y a que les boulangers qui savent le faire. C'est un savoir-faire incroyable. Quand j'explique comment ça fonctionne, c'est la première fois où j'arrive chez mes voisins, chez mes amis, je leur explique comment on fait quelque chose et je sais faire quelque chose qu'eux ne savent pas faire. J'ai vraiment cette fierté, cette satisfaction d'avoir fait quelque chose de mes mains, de pouvoir faire plaisir aux gens avec quelque chose de simple et propager ce petit bout de bonheur qui m'a rendu heureuse. Je me suis dit : waouh, c'est le métier de mes rêves. Je tombe amoureuse de Mathieu qui deviendra mon mari. J'arrive à Paris et là, je ne trouve pas d'emploi pour les mêmes raisons. Mais j'ai remarqué qu'il y avait plus de femmes en pâtisserie, donc je me suis dit que si je passais un CAP en pâtisserie, je pourrais rentrer dans les boulangeries en tant que pâtissière et le jour où le boulanger tomberait malade ou serait en vacances, je leur montrerais que je sais faire du pain, ils me feraient confiance et je deviendrais boulangère.
Alice Darfeuille :
Vous aviez toujours la même idée en tête.
Nina Métayer :
Voilà, on y arrivera. Finalement, je me retrouve à faire des gâteaux. Je n'aimais pas du tout ça au début, vraiment pas. Je déteste peser, la précision, je trouve ça lent. Je suis impatiente, je veux envoyer des sacs de farine dans le pétrin, je veux sortir… J'ai besoin de ce côté physique, ça me plaît bien. Là, je me retrouve à faire des petits trucs minutieux. Je tente ma chance et je postule dans tous les plus grands palaces parisiens, restaurants, etc. Là, il se passe quelque chose d'incroyable. Le Meurice m'appelle, Camille Lesecq qui est le chef pâtissier de l'époque, et Yannick Alléno en chef de cuisine, me recrutent et je goûte cette tarte citron. Là, je me dis qu'en fait j'aime bien les desserts. Mais à l'époque, il y a une quinzaine d'années, il n'y avait pas de bons desserts en dehors de ces établissements-là.
Alice Darfeuille :
Il y avait des bons desserts, mais c'était des desserts très sucrés.
Nina Métayer :
Voilà. Je ne m'intéressais pas particulièrement au sucré. Je n'étais ni gourmande de sucre, ni gourmande de fromage ou de charcuterie, mais alors pas du tout de dessert. Je ne m'intéressais pas du tout à ça.
Alice Darfeuille :
Et là ça change tout.
Nina Métayer :
Là il se passe quelque chose. Je me dis qu'en fait je ressens un truc incroyable en mangeant cette tarte. Je me dis que moi aussi je veux transmettre cette émotion-là à quelqu'un et je veux récupérer avec cette tarte citron ce que j'arrive à faire avec la baguette. J'amène une baguette chez quelqu'un, ils sont heureux, ils la trouvent bonne, elle est croustillante. Ils ont des émotions, je le vois et ça va rester. On va en parler pendant longtemps et moi à ce moment-là je vis ça avec cette tarte citron. Je me dis : c'est dingue, il y a tout, elle est belle, elle sent bon, elle est bonne, elle croustille, les textures sont incroyables. Là, à ce moment-là, je me dis : waouh, il se passe vraiment quelque chose et il y a les cinq sens qui sont réunis. Je m'en rappellerai toute ma vie du moment où j'ai croqué cette tarte citron.
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Alice Darfeuille :
Vous avez gagné des prix prestigieux, vous avez été sacrée meilleure pâtissière au monde en 2023 et 2024. Dans quelle mesure cela compte pour vous ? Qu'est-ce que cela a changé ?
Nina Métayer :
C'est intéressant parce que j'avais fait beaucoup de concours avant, certains que j'ai réussis, mais certains gros que j'ai ratés, notamment le concours des Meilleurs Ouvriers de France. J'aime bien en parler pendant les conférences parce que tout ce qui est résilience autour de certains échecs, ce sont des sujets extrêmement intéressants. J'ai fait pas mal de concours que je n'ai pas toujours réussis, qui m'ont fait grandir énormément et grâce auxquels après j'ai pu avoir ces titres mondiaux. Je ne les ai pas cherchés. Il y a deux titres mondiaux. Le premier titre, c'est Pâtissière mondiale de l'Union internationale des boulangers pâtissiers. Les professionnels du métier votent pour la personne qui représentera la pâtisserie au niveau mondial. C'est surtout un devoir que j'ai, un devoir de transmission. Cela me correspondait exactement parce que j'avais vraiment cette passion pour transmettre aux jeunes, pour aller dans les écoles, pour partager mon amour pour mon métier. Je suis passionnée, pas que de la pâtisserie, mais du métier en général, de l'artisanat, des artisans. J'ai ce rôle-là qui m'est confié à l'international. C'était une très belle reconnaissance des expériences passées que j'ai pu avoir ou du présent, mais il y avait aussi une dimension dans l'avenir : dans quelle direction on emmène la pâtisserie ? Il y avait le côté digital. Au début, personne ne croyait vraiment en cette pâtisserie digitale parce que digital et artisanat, on avait tendance à les séparer. Il y avait cette dimension-là où ils ont fait attention à ça. J'ai trouvé que cette reconnaissance-là sur cet avenir de la pâtisserie, on pouvait allier toute la tradition de nos métiers en gardant toute l'essence de notre métier et en l'emmenant vers l'avenir, en se servant des nouvelles technologies au service de nos métiers. Cela a été quelque chose d'assez génial et qui a mis en lumière notre travail au quotidien. Le titre de meilleure pâtissière du monde en 2024 a mis en lumière vraiment le travail de toute mon équipe. Ce sont 1600 personnes qui votent sur des typologies différentes de personnes, mais qui ont goûté, qui ont compris notre philosophie.
Alice Darfeuille :
C'est aussi La Délicatisserie, d'une certaine manière, qui était récompensée.
Nina Métayer :
C'est La Délicatisserie qui est récompensée derrière le titre de meilleure pâtissière du monde. Moi, toute seule, je ne peux pas faire les gâteaux, vendre les gâteaux, développer ma société, faire grandir cette équipe-là, c'est impossible. Derrière ce titre, c'est mon équipe, ce n'est pas moi.
Alice Darfeuille :
Ces prix, c'est un passage obligé quand on est dans la pâtisserie ou c'est vous qui aimez vous frotter à ces challenges ?
Nina Métayer :
Un peu des deux. Les concours, les défis, les challenges, c'est important d'aller les chercher pour se mettre un peu en danger et sortir de sa petite zone de confort. Je pousse certaines de mes équipes à aller essayer de chercher des concours. On n'est pas tous compétiteurs, mais il ne faut pas être compétiteur. Moi, je ne suis pas compétitrice, je fais des concours avec moi-même. Le concours des Meilleurs Ouvriers de France que j'ai raté : j'ai fait certains choix qui n'ont pas été payés le jour J, j'ai pris trop de risques et j'ai une pièce qui a cassé. J'ai choisi de faire un goût qui n'a pas plu au jury mais qui a été élu après le meilleur dessert au chocolat de l'année. On doit prendre des risques, mais certains risques nous donnent aussi cette authenticité. Les concours vont nous permettre d'apprendre beaucoup sur nous-mêmes, plus que d'apprendre des autres, parce que le travail du quotidien, on le fait avec nous-mêmes devant notre poste de travail. Après le résultat du concours, on peut rater, on peut réussir, mais ça, ce n'est pas dans nos mains.
Alice Darfeuille :
On parle beaucoup du monde de la gastronomie et de la restauration comme un monde difficile, un monde macho. Est-ce que vous l'avez vécu comme tel ?
Nina Métayer :
Il y a eu un peu de tout, il y a eu des gens extrêmement bienveillants aussi, et il y a beaucoup de chefs qui m'ont portée.
Alice Darfeuille :
Vous dites que c'est important d'avoir un mentor. Il faut avoir quelqu'un qui vous tire vers le haut.
Nina Métayer :
Oui, je pense qu'il faut admirer des gens, pas qu'un seul. J'ai eu plusieurs mentors et ces mentors, je les admire, je m'inspire. Il faut s'inspirer, surtout quand c'est dur. On a besoin de gens qui ont soit traversé les mêmes situations que nous, soit qui vont nous… J'adore admirer les gens, j'adore admirer les qualités que les gens ont que je n'ai pas. Du coup, je vais me dire : waouh, le courage de cette personne, ou je ne me rendais pas trop compte que c'était possible. Le concours des Meilleurs Ouvriers de France, c'était un peu ça. J'ai cette admiration pour les MOF, pour tous les gens qui ont le col, tous ces pâtissiers-là qui ont le col. J'ai cette admiration-là et je me suis dit : c'est incroyable comment ils arrivent à être, à faire cette sculpture, à travailler ce sucre sans se brûler. Ils m'ont inspirée. Après, tous les chefs avec qui j'ai travaillé, j'ai eu la chance d'avoir des chefs qui m'ont soutenue, poussée, qui ont cru en moi. Ces chefs-là ont pris le dessus, surtout ceux qui ne croyaient pas en moi et qui me disaient que ce n'était pas possible. Finalement, il faut aussi pouvoir s'entourer des bonnes personnes. On choisit. J'ai choisi consciemment des personnes.
Alice Darfeuille :
Ceux qui vous entouraient.
Nina Métayer : Oui, je les ai choisis.
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Alice Darfeuille :
J'ai deux dernières questions. Si on devait se retrouver dans 10 ans pour le même type d'échange, qu'est-ce que vous aimeriez me raconter ? Quel serait votre rêve professionnel à long terme ?
Nina Métayer :
C'est dur parce qu'à chaque fois que j'ai des rêves, ce n'est pas ceux-là qui se réalisent, c'est d'autres encore plus dingues que je n'aurais même pas osé imaginer. Je pense que la vie offre beaucoup plus de choses que ce qu'on pourrait nous-mêmes imaginer. J'ai envie d'avoir toutes mes équipes qui soient extrêmement heureuses. Peu importe les gâteaux, ils vont faire des beaux gâteaux par eux-mêmes, mais d'avoir vraiment des gens qui sourient. On les a déjà, mais je veux que ça continue et je veux que cette équipe grandisse, j'en veux plus. Des gens comme ça. Je suis persuadée que le bonheur se transmet de façon très simple et qu'en fait, le bonheur est très simple. On a besoin les uns des autres.
Alice Darfeuille :
Dernière question. Qu'est-ce que vous diriez à ces jeunes qui doutent aujourd'hui, qui ont peut-être envie de se lancer dans la restauration, dans la pâtisserie, mais plus globalement à ces jeunes qui ne trouvent pas leur voie et qui n'arrivent pas à savoir ce qu'ils ont envie de faire et de devenir ?
Nina Métayer :
Je me rappelle très bien de quand je ne savais pas quoi faire. C’est très angoissant. Il faut faire. Il faut être dans l'action parce que la seule façon de combattre la peur, c'est être dans l'action. Essayer des choses, aller jusqu'au bout de chaque chose qu'on entreprend et se dire aussi qu'il n'y a pas forcément de bon ou de mauvais choix. En tant que chef d'entreprise, il faut que je fasse des choix tout le temps et faire des choix, ça veut dire renoncer aussi. On va renoncer à certaines choses le temps d'un moment, mais on va découvrir des choses incroyables. Il faut se donner les moyens d'aller jusqu'au bout des choses qu'on entreprend parce qu'on peut choisir que c'est la bonne décision. Il y a la bonne décision qu'on prend, celle dans laquelle on va s'engager. La décision qu'on va prendre et dans laquelle on va mettre de la conviction, on va choisir de mettre de la conviction, on va le faire avec sincérité, on va aller chercher tout ce qui va nous apporter. Il faut être sincère avec soi-même, il faut aller jusqu'au bout, il ne faut pas avoir peur que ce soit dur, ça va être dur. Il ne faut pas avoir peur d'avoir des échecs, il faut les traverser et il faut surtout se dire qu'à chaque fois que ça arrive, on passe juste l'étape du dessus et qu'on doit être content de ces moments. C'est le moment qu'on attendait quand c'est dur. Il faut juste le passer.
Alice Darfeuille :
Toute petite dernière question : c'est quoi votre dessert préféré ?
Nina Métayer :
C'est dur. La tarte au citron, c'est la seule que je n'avais jamais aimée avant. C'est la première fois que j'en mangeais, c'est la première que j'ai aimée de toute ma vie. Au départ, je disais que c'était trop acide pour moi. Ça change tous les jours, mais en ce moment, c'est plutôt le Saint-Honoré parce que je suis très crème.
Alice Darfeuille :
Et le dessert que vous détestez et que vous devez faire tous les jours ou toutes les semaines ?
Nina Métayer :
Un dessert que je déteste, je ne le fais pas. Je n'aime pas trop les macarons, je n'en fais pas, juste avec mes enfants. Les macarons au chocolat, ce sont les seuls que j'aime parce que les enfants adorent les macarons, mais seulement au chocolat.
Alice Darfeuille :
Merci beaucoup Nina Métayer, merci d'avoir été avec nous et j'étais très heureuse de passer ce moment avec vous.
Nina Métayer : Merci.
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